février 4th 2011

Déconnexion

Instant culturel : en français, le mot « déconnexion » prend un X, à la différence de l’anglais, où il est écrit « deconnection ». Voilà.

Mon actualité très personnelle m’a poussé à précipiter plusieurs décisions, dont la finalité rappelle l’effet fantasmé d’Hadopi : la coupure. À la différence près que ce n’est pas mon accès à Internet qui sera coupé, mais plusieurs liens sociaux.

Premièrement, et c’est non sans une certaine honte que je le dis, je parle de mon compte Facebook. Oui, je l’avoue, devant vos regards dépités de fans trahis, qui sont en train de se demander où trouver des poupées vaudou à mon effigie, j’avais jusqu’à aujourd’hui un compte Facebook. Non nominatif, présentant peu de données personnelles, mais malgré tout beaucoup trop intrusif. J’ai donc décidé, d’un geste rageur et anticipé d’une semaine, de supprimer purement et simplement ce compte, sans grand espoir d’efficacité concernant la rétention de mes données par ce Big Brother en puissance. Malgré tout, c’est un premier pas, qu’il vaut mieux, je l’estime, faire plutôt que de laisser le service s’insinuer de plus en plus dans notre vie privée. Car j’ai peu de doutes sur le futur de la société, qui vit grâce à la monétisation des données personnelles d’un demi-milliard de braves gens ; étant donné que la popularité d’un réseau est lié exponentiellement au nombre d’utilisateurs dessus, il sera de plus en plus facile pour Facebook de faire adopter des mesures de plus en plus inacceptables (au hasard, le fichage de l’intégralité de la navigation web d’un utilisateur).

Je tiens à relativiser tout de même : tout n’est pas à jeter chez Facebook, et encore moins ce qu’il est : un réseau social, permettant d’échanger statuts, commentaires, photos, évènements, et que sais-je. Aux ermites dans leur caverne qui renient en bloc cette avancée, je répondrai que le réseau social (dont Facebook est l’exemple type) fait évoluer les interactions, au même point que le mail a révolutionné la lettre manuscrite, qu’IRC a révolutionné (sans chercher à le remplacer) le mail… On a entre les mains la nouvelle évolution, il n’y a que la forme sous laquelle elle s’est présentée qui est critiquable. Car si à l’époque le mail n’avait été fourni que par une société privée, sous forme d’une boîte noire sans contrôle, les mêmes problématiques se seraient posées. Il est nécessaire aujourd’hui de fournir une solution propre, et ouverte, à ce besoin de réseau social. Il existe plusieurs candidats à cette demande, dont Diaspora, qui a pour l’instant ma préférence (pour le sérieux de ses créateurs, la méthode de travail employée, la crédibilité du projet grâce à la fantastique levée de fonds de l’année dernière). Mais, et je regrette la pub trop grande qu’il a eu à ce stade, il faut garder à l’esprit qu’il n’est qu’en alpha : il n’est absolument pas utilisable en production (c’est à dire en utilisation quotidienne), mais devrait être réservé à des fins de tests uniquement, en particulier par des développeurs. Je crois personnellement beaucoup en ces solutions, et j’ai hâte de pouvoir profiter à nouveau d’un réseau social, mais en version propre et libre. J’attendrai simplement le temps qu’il faudra pour m’y remettre.

Pour finir sur ce point, je donne à toutes fins utiles le lien de suppression d’un compte Facebook, fort logiquement bien planqué dans les pages d’aide : http://www.facebook.com/help/contact.php?show_form=delete_account. La suppression est effective sous 14 jours, pendant lesquels toute reconnexion annule la procédure. Pour les plus addicts, il faudra faire attention, si vous décidez de supprimer votre compte, à ne pas craquer durant ce délai.

Ensuite, pour revenir à l’introduction de ce billet, ma seconde coupure sociale est un simple changement de numéro de téléphone, qui n’a de notable que de se produire en même temps que la suppression de mon compte précité. Ce sont les raisons qui le sont plus : pour commencer, et depuis que j’ai changé de téléphone il y a 3 mois, j’ai eu envie de tester la fonction tethering d’Android (partage de connexion, ou « option modem »). Je l’ai allumée 3 minutes montre en main, puis coupée, n’en ayant pas l’utilité immédiate. Plusieurs semaines plus tard, j’ai aperçu avec surprise sur ma facture, qu’une « option modem ajustable 500Mo » m’avait été facturée 20€. Sur le coup, après la surprise, j’en ai déduit que le simple fait d’avoir utilisé cette fonction, entraînant éventuellement quelques kilobits de transfert, avait atteint un premier palier de données fixé à 500Mo. Soit. Le problème a été nettement moins amusant le mois suivant, c’est à dire il y a quelques jours : cette fois, j’ai été facturé de 30€, pour, soit-disant, 750Mo consommés. La différence notable étant que je n’ai plus du tout touché au tethering, cette option est donc parfaitement incompréhensible. J’ai évidemment appelé la hotline sans attendre, pour tomber sur un message qui provoque encore aujourd’hui une hilarité incontrôlable :

« Bonjour et bienvenue chez SFR. Tous nos conseillers sont actuellement en ligne, veuillez rappeler dans 48 heures. »

Illustration de mon désarroi

Évidemment, travaillant juste au-dessus d’un magasin SFR, je m’y suis rendu immédiatement, pour constater amèrement que le seul lien entre SFR et les boutiques SFR est le nom : les vendeurs sont incapables de faire quoi que ce soit en relation avec mon contrat, et n’ont pu m’aider, car leur seule marge de manœuvre était d’appeler eux-mêmes la hotline en vacances. Je ne me suis pas dégonflé, et ai contribué régulièrement à saturer leur ligne, jusqu’à tomber par chance, le soir même, sur quelqu’un. La conversation fut passablement électrique, en raison de mon envie de faire brûler à peu près tout le monde. J’expliquai cependant très courtoisement le problème, et patientai tandis que l’opératrice demandait conseil à son supérieur. Quelques minutes plus tard, elle m’annonça joyeusement qu’elle pouvait faire un geste commercial, et me rembourser ces 30€ sur ma prochaine facture, mais qu’il ne fallait pas m’attendre à ce que ça puisse se reproduire la prochaine fois. Pour vous donnez une idée de la tête que j’ai fait à ce moment, référez-vous à l’image précédente. J’expliquai, avec bien moins de courtoisie, que je ne m’attendais pas à un geste commercial, mais à une correction de l’erreur dégueulasse qui apparaissait sur ma facture. Devant l’entêtement de l’opératrice, j’ai trouvé le moyen de faire en sorte que ça ne se reproduise plus, en demandant à être transféré au service résiliation sans plus attendre.

Car, et c’est vraisemblablement la raison pour laquelle la hotline était injoignable, c’était ce jour-là qu’entrait en vigueur la hausse de TVA, qui permettait à n’importe qui de résilier sans frais son contrat Internet ou mobile (le premier qui parle d’Internet au sujet des forfaits 3G ira me faire le plaisir d’aller dire « coin » sur le chan IRC de FDN). Ainsi, j’ai demandé une résiliation de ma ligne, pour souscrire chez un opérateur qui aurait la décence de ne pas me racketter de la sorte. Me sentant passablement énervé, le téléconseiller a judicieusement évité de tenter de m’arnaquer en me faisant payer de quelconques frais, et m’a promis que la résiliation serait effective sous 10 jours (je n’ai pas encore eu de confirmation, ni par SMS, ni par mail, ni par courrier. Si d’ici quelques jours je n’en ai toujours pas, je me rappellerai joyeusement à leur bon souvenir). Cependant, la portabilité du numéro impliquant d’autres procédures, et étant d’un naturel particulièrement fainéant, j’ai abandonné l’idée de garder mon numéro (l’actuel ayant moins d’un an, il n’avait pas une grande importance pour moi).

Je suis donc dans une phase de recherche de nouvel abonnement 3G, et je suis allé en boutique me renseigner auprès des deux autres membres de la sympathique mafia des télécoms : chez Bouygues et Orange, j’ai eu confirmation que, pour le premier, le tethering était rigoureusement interdit, pour l’autre il était, tout comme chez SFR, surfacturé, au prétexte qu’un octet envoyé vers un ordinateur était plus lourd qu’un même octet envoyé sur un mobile ! J’ai alors pris conscience de l’horreur que représente le « web mobile » pour la neutralité des réseaux, qui est ici bafouée au plus au point (discrimination des données, bridage du débit au-delà d’un quota, interdiction d’une certaine utilisation, écoute des paquets pour lire l’user agent du navigateur afin de surfacturer, et je passe sur le réseau NATé, qui n’a strictement rien de ce qu’on peut appeler Internet). Il est vraiment temps que Free Mobile arrive dans le marché pour massacrer les ententes entre les 3 opérateurs. Je ne m’attend pas vraiment à ce que Free offre ensuite du vrai Internet mobile, mais j’ose croire qu’ils changeront pas mal de choses. En attendant, je ne me suis pas fixé sur un opérateur, et je reste ouvert à toute remarque pour m’aider à en choisir un qui soit suffisamment respectueux de son client et du réseau.

Ainsi donc, me voilà coupé, en partie malgré moi, de certains contacts. Mais, comme je l’ai déjà dit ailleurs que sur ce blog, il existe encore une petite infinité de méthodes pour me joindre : par ce blog, par mail (auto-hébergé sur le domaine de ce blog), sur Jabber (gordontesos@jabber.gordontesos.com), via Twitter même si je l’utilise essentiellement de façon professionnelle, voire en m’invitant à boire un coup, ou à me goinfrer au restau (j’invite aussi, hein). J’espère que cette situation rappellera que les moyens de contact ne se font pas exclusivement sur Facebook, que le vrai mail ne se termine pas en @gmail.com, et que le mot « social » existe depuis bien plus longtemps qu’Internet.

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janvier 22nd 2010

Donnez !

Non, pas à moi. À La Quadrature du Net. Numerama et Korben en parlent bien mieux que moi, mais pour faire simple, la Quadrature, qui s’est battue sans relâche pendant les débats Hadopi, qui lutte encore aujourd’hui contre l’ACTA, l’ARJEL, la LOPPSI (autre lien), a besoin de dons. Car elle n’est pas une société, mais emploie des bénévoles, qui ont besoin de pouvoir vivre en étant impliqués à plein temps dans le lobying démocratique anti-fliquage d’Internet.

Et, tant qu’à faire, préférez donner des sous. Je leur ai proposé des nappes IDE, ils n’ont pas voulu. Et, avant que j’oublie, ça se passe ici. Pour ma part, j’ai donné 50€. Les dons se font via Paypal, au fait.

Et, pour changer de sujet, j’aurais bien voulu octroyer un droit de réponse à une personne chère à mon cœur, qui s’est sentie obligée de réagir vivement à un précédent article en contactant une personne tierce. Mais, sans doute par incapacité d’assumer ses propos, cette personne ne m’a pas autorisé à publier sa réponse légitime. Ce qui est fort dommage, on se serait bien marrés.

Enfin, pour ceux que ça intéresse, sachez qu’une seconde nouvelle dans l’univers de Panlithea est en cours de préparation.

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mars 30th 2009

La désinformation ne passera pas !

Chers lecteurs, je tiens à m’excuser pour ces longs mois d’absence pendant lesquels vous avez tant espéré lire un nouvel article. Je suis là aujourd’hui pour vous rassurer, je m’apprête à vous pondre une charmante déclaration d’amour.

Le thème d’aujourd’hui est le débat parlementaire, s’il peut être nommé de la sorte, qui se tient à notre Assemblée Nationale. Il concerne le projet de loi dite Création et Internet, qui comme chacun le sait, créera une Haute Autorité (HADOPI) – notez que ce terme sonne aussi joliment à mes oreilles qu’ « inquisition » -. Mais je ne vais pas user de ma plume pour hurler mon désaccord profond pour ce texte que je juge, comme beaucoup d’autres, liberticide, extrèmement dangereux pour la liberté d’Internet, inapplicable, obsolète et ne corrigeant pas de problème n’existant pas.

Non, j’ai d’autres préoccuppations pour l’instant : la député de ma belle ville de Nice, Muriel Marland-Militello, également rapporteure pour avis de la commission des affaires culturelles en ce qui concerne ce projet de loi, a tenu de bien charmants propos qui ont vite ébranlé la communauté. Pour resituer, voici un résumé de la situation. Compte tenu des précédents, au niveau de la censure des commentaires (j’avais, peu après la publication de cet article, vivement réagi, mais j’ai été comme beaucoup de monde effacé dans la masse), je préfère publier ici ce que je m’apprête à poster en commentaire de son article. Voici, devant vos yeux ébahis, ma délicate prose :

Bonsoir.

Je tiendrai très simplement à mentionner un fait, dont je n’ose imaginer que vous pourriez le constater.

Premièrement, il est acquis que vous considérez les « personnes responsables de la coupure du site http://www.jaimelesartistes.fr » comme des terroristes. Vous confirmez ce terme. Fort bien.
Pour commencer, ni vous ni moi, ne semble-t-il, n’a eu accès aux logs d’accès au serveur, qui pourraient attester d’une quelconque attaque. En ma qualité de professionnel de l’Internet, je ne peux bien évidemment pas certifier ce qu’il s’est passé, mais je tend à croire qu’il ne s’agit principalement, que d’une charge trop forte, ayant fait dépasser les quotas de bande passante du site, et ainsi sa mise hors ligne. Compte tenu de l’appel au hack de Madame la Ministre (« Vous pouvez y aller, le site est blindé »), il n’est bien sûr pas exclu que certains aient tenté de l’attaquer réellement, sans nécessairement avoir connu le succès dans leur tentative. Cela, tout comme la majorité des internautes, malgré ce que vous pensez croire, je le condamne, tout comme vous. La différence notable est que je me réjouis de la fermeture de ce site, qui selon moi, et comme il a été dit au sein de l’hémicycle de l’Assemblée, nuit à un réel débat parlementaire, dans le sens où, étant donné qu’une opposition fait face à la loi, il convient au minimum d’en admettre l’existence. Je suis par ailleurs convaincu que c’est la position de la majorité des internautes élevés contre vos pratiques.
Ainsi, et bien que je comprenne très bien la volonté de saisir toutes les opportunités possibles pour discréditer toute opposition, qu’elle soit politique ou citoyenne (puisque, malgré le fait que vous tentez de vous excuser en précisant que ceux ayant (supposément) perpétré l’attaque ne sont qu’une poignée, votre première déclaration (ainsi que le communiqué sur le site jaimelesartistes.fr, de nouveau en ligne aujourd’hui) se permet de faire l’amalgame (n’est-ce pas madame la Ministre qui, aujourd’hui même, demandait de ne pas en faire) entre cette poignée d’individus dont on présume une culpabilité sans même savoir si attaque il y a eu, et l’ensembles des Internautes inquiétés par ce projet de loi (qui, étant soumise à un débat parlementaire, ne devrait selon moi pas être considéré comme voté, mais après tout, faire pression et ridiculiser l’opposition est un argument comme un autre).

Maintenant, revenons sur le terme de « terroristes ». Si l’on s’en tient à une définition consultable sur Wiktionary, « terrorisme » signifie « Violence (attentat, assassinats, enlèvements, sabotages…) menées contre des civils, et destinée à frapper l’opinion publique. ».
Un site Internet ne me semble pas appartenir à la caste civile. Hormis l’hypothèse où l’équipe de maintenance du serveur a été grièvement blessée par des éclats du processeur, je ne parviens pas à trouver ce qu’il a pu y avoir de violent dans cette action, qui je le répète, n’est qu’hypothétique. Ni attentat, ni assassinat, ni enlèvement, donc. Sabotage ? Cela pourrait être ce qui s’approche le plus de notre situation, mais, étant donné que si attaque il y a eu, elle a eu pour forme une surcharge du réseau, ce qui n’est en aucun cas un délit (mais plutôt un souci de conception et d’architecture réseau). Donc, pour ma part, il n’y a pas lieu de parler de terrorisme. Ni même d’attaque, sans que celle-ci ait pu être prouvée.

Vous vous étonnez vous-mêmes de la volonté des internautes de se défendre. « Se défendre de quoi ? », vous demandez-vous tout inocemment. Mais se défendre contre cette diabolisation, ces insultes constantes, que vous-même et le ministère répétez, cela aux dépends du débat, qui à vos yeux semble extrèmement futile. Est-ce là votre vision d’une démocratie ? Est-ce ainsi que vous portez la parole de vos électeurs ? Résumer la Quadrature du Net à « cinq gus dans un garage », toute l’opposition politique et citoyenne à « quelques groupuscules de pression », est-ce faire preuve d’un quelconque respect pour ceux que vous prétendez défendre ?

Pour clore ces interrogations, laissez-moi vous indiquer que je suis, comme je l’ai dit plus haut, un professionnel du Web, occuppant la fonction de développeur plus précisément, résidant et travaillant à Nice, votre circonscription.

J’ose espérer que vous porterez à mon message une attention comparable à celle dont vous avez visiblement fait preuve dans les commentaires précédents.

Cordialement

Voilà, c’est fini et posté. Si réponse il y a, je la copierai ici. Joyeux noël à tous, si je ne repasse pas d’ici là.

Edit 1 : assez fou, dirais-je. Le blog de ma chère députée autorise bien les commentaires. Mais son système de captcha est, semble-t-il, malencontreusement décédé, ce qui conduit à une simple impossibilité de poster un commentaire. Je réessaierai régulièrement, jusqu’à envoyer un mail directement si besoin est.

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